Déposer mon fardeau.

"J’ai la sensation d’avoir traversé un portail spatio-temporel. Mon rapport au temps n’est plus le même. Je ne cherche plus à remplir les heures, à combler le vide et je sais que je n’aurais plus à le faire. "Mon esprit sera tout le temps occupé et ne pourra plus divaguer. L’incertitude est levée. Et ceci est précieux. J’ai l’impression de rejoindre la marche des vivants, le monde des insiders.

C’est incroyable comme un simple coup de fil de quelques minutes peut changer le cours des choses. Il modifie les lendemains avec une réponse aussi simple que « oui ». Un vulgaire modèle binaire à la manière d’un ordinateur, il n’y a que deux scénarios possibles : oui ou non. Parfois c’est aussi simple que cela la vie.

Quand j’ai appris que j’étais retenue pour occuper le poste, une foule de sentiments contradictoires s’est engouffrée dans ma tête. Après tous ces entretiens, toutes ces préparations méticuleuse pour s’offrir sous son meilleur jour aux employeurs, ces rebondissements, ces refus, ces attentes, je suis enfin fixée, et épuisée. On ne se rend pas compte à quel point c’est éprouvant. Pendant près de dix jours, j’ai eu l’impression d’être un punching ball. Il faut avoir le cœur bien accroché, quand, comme moi, on accorde autant d’importance au regard de l’autre, et que l’on se met à douter de soi au moindre obstacle.

On nous ausculte comme des petits rats de laboratoire. On nous demande d’écrire, de faire des tests, de répondre à des questions (toujours les mêmes…), de se défendre. On nous demande d’être disponible pour avant-hier et d’accepter le salaire proposé sans broncher. Mais enfin, on se sent reconnu. Enfin, on nous dit : c’est vous que j’ai choisi et vous seule. On nous rend une part de notre dignité, un statut social. Enfin, dans les soirées ou au café, on aura plus à expliquer « être en recherche ». Chercher à faire quelque chose, ce n’est pas une vie. Chercher une activité, c’est tourner en rond, c’est se heurter à soi-même.

Malgré tout cela, l’explosion de joie et le soulagement intense que j’imaginais ressentir lorsque j’aurais atteint mon objectif, ne se sont pas vraiment présentés. Et maintenant je suis dans le stress de ne pas pouvoir relever le défi qu’on m’a lancé. Jamais satisfaite.

J’ai la sensation de laisser une parenthèse derrière moi. J’ai déjà un peu de nostalgie pour cette période de temps si particulière. J’ai l’impression d’avoir vécu une aventure. Une aventure humaine. Le plus beau dans tout cela c’est que les personnes qui m’ont accompagné pendant tout ce temps, ont également retrouvé. On passe tous le portail spacio-temporel en même temps. On se réaligne sur les planètes. Et je ne pensais pas pouvoir trouver autant de collectif et d’amour dans cette situation. Je me suis fait des amis, des compagnons de galère, à qui je me sens intimement liée. Je ne veux pas oublier cela. Cette somme d’inconnus que rien ne reliaient, à part une absence de situation professionnelle, est devenue une amitié, une petite étoile au-dessus de ma tête. Car si moi je ne croyais pas en moi-même, ils étaient là pour le faire.

  • Collectif Jobeurs

    Créée en 2014, l'association COJOB vise à fédérer et animer des collectifs de chercheurs d'emploi.